« Je dors mal, donc je perds en force. » C’est une phrase que tout le monde a dans la
tête et que deux revues systématiques delinquent presque mot pour mot — l’une
pour la confirmer, l’autre pour la nuancer.
Ce que dit la revue de 2018
Le but de cette revue était précis : que fait un manque de sommeil à la
performance en musculation ? Recherche dans cinq bases de données, dix-sept
études retenues, et un point à retenir tout de suite : la qualité globale de ces
études est cotée « modérée » ou « faible ». Ce n’est pas une petite réserve de
formule, c’est le plafond du dossier.
Le résultat principal est contre-intuitif : la privation de sommeil — ne pas
dormir du tout — avait peu d’effet sur la force musculaire. En revanche, des
nuits consécutives de sommeil restreint pouvaient réduire la production de force
dans les mouvements multi-articulaires, ceux qui sollicitent plusieurs
articulations — le développé couché, le soulevé de terre, le squat — mais pas dans
les mouvements d’une seule articulation. Sur les réponses hormonales à
l’entraînement, les résultats se contredisent d’une étude à l’autre.
La conclusion des auteurs mérite d’être lue mot pour mot : le sommeil
insuffisant dégrade la force maximale dans les mouvements composés lorsqu’aucune
interventionne visant la motivation n’est en place. Autrement dit, le
laboratoire a mesuré un effet plus petit que ce que vit un lundi matin au
gymnase. La conclusion pratique qu’ils proposent est behavioural : s’entraîner en
groupe, ou placer la séance avant une longue période d’éveil.
Ce que dit la revue de 2019
Celle-ci, menée chez des athlètes de haut niveau, regarde plus large que la force
maximale. Elle décrit des effets négatifs clairs de la privation sur le temps de
réaction, la précision, la vigueur, la force sous-maximale et l’endurance —
et sur des fonctions cognitives comme le jugement et la prise de décision. Notez
le mot « sous-maximale » : ce n’est pas votre 1RM qui s’effondre, c’est la
qualité du travail que vous tenez dans la zone où l’effort se répète.
Du côté positif, l’extension du sommeil est associée à de meilleures performances
sur le temps de réaction, l’humeur, les temps de sprint, la précision de service
au tennis, les virages en nage, le rendement du coup de pied en football et la
précision au dunk et à trois points. Une revue qui introduit une idée neuve —
« banking sleep », prolonger le sommeil avant une nuit de privation volontaire
avant une compétition — note au passage que beaucoup d’athlètes vont chercher un
complément miracle plutôt qu’une bonne nuit.
Les données ne montrent pas
Elles ne montrent pas qu’une nuit blanche vous enlève votre force maximale. Elles ne
montrent pas non plus que dormir plus longtemps vous rend plus fort : les bénéfices
mesurés sont des gains de quelques pour cent sur des tâches de durée courte, chez
des athlètes déjà bien entraînés, et pas un kilo supplémentaire sur un développé
couché. Enfin, elles ne montrent rien sur la fenêtre qui compte vraiment pour la
plupart d’entre nous : ces dix-sept études portent sur des restrictions
expérimentales du sommeil, pas sur un travail de bureau de cinq mois avec des
nuits de six heures. Une revue ne remplace pas votre agenda.
Si vous ne deviez retenir qu’une phrase : les mouvements composés sont le
lieu où le manque de sommeil se paie, les mouvements d’une seule articulation
beaucoup moins — et le gain d’une nuit plus longue se mesure en secondes, pas en
kilogrammes.