Le collagène est la molécule à laquelle l’industrie de la peau vend le reste. Depuis quelques années, un peptide de cuivre de trois acides aminés, le GHK-Cu, occupe une place singulière dans ce discours : il ne promet pas d’apporter du collagène de l’extérieur, il promet de relancer la production. J’ai voulu lire la littérature à la source pour cet article, et elle a une forme très particulière, qu’il faut décrire avant de la discuter.
Le peptide lui-même
Le GHK, glycyl-L-histidyl-L-lysine, est un tripeptide présent dans le sang, la salive et les urines, et qui diminue avec l’âge. Une revue de 2020 chiffre la moyenne sérique à 200 ng/ml vers la vingtaine et à 80 ng/ml vers la soixante — c’est-à-dire une baisse d’environ 60 % sur quarante ans, sur une seule mesure et dans une population dont l’article ne détaille pas la composition. Cette molécule a une affinité très élevée pour le cuivre et forme avec lui un chélate, GHK-Cu.
D’où vient la littérature, vraiment
Voilà le point qu’il faut regarder de près. La revue de 2015 qui décrit le rôle de GHK dans la régénération cutanée est signée par les chercheurs d’un laboratoire de recherche et développement privé américain, dont l’un est l’auteur du brevet. Cette revue est la source de très nombreuses formulations que l’on retrouve ensuite dans la presse spécialisée et dans les pages produits : elle décrit une stimulation de la synthèse et de la dégradation du collagène et des glycosaminoglycanes, une modulation des métalloprotéinases, une attraction des cellules immunitaires et endothéliales vers le lieu d’une lésion, une accélération de la cicatrisation chez le chien, le rat, la souris et le cochon, et enfin, dans les produits cosmétiques, un effet de raffermissement de la peau détendue, d’amélioration de l’élasticité, de la densité et de la fermeté, de réduction des rides fines, du photovieillissement et de l’hyperpigmentation. La même revue avance que la molécule peut réguler au moins quatre mille gènes humains.
Aucun de ces chiffres n’est faux. Mais ils ne viennent pas d’un essai clinique indépendant, et c’est exactement ce qu’une revue d’un détenteur de brevet peut être sans être malhonnête : une carte, pas une preuve. J’ai cherché un essai randomisé contrôlé portant sur GHK-Cu et un résultat cutané chez l’humain : il n’y en a pas dans la base de littérature que j’ai interrogée, et ce qui suit est le seul que j’aie trouvé.
Le seul essai randomisé sur peau humaine
En 2006, une équipe de Californie a publié le seul essai randomisé que j’aie trouvé sur une peau humaine : des patients ont subi un resurfaçage au laser CO₂ de la zone péri-orale, puis ont reçu au hasard un soin de post-traitement avec ou sans GHK-Cu.
Treize patients ont terminé l’étude. Sur l’érythème, aucune différence statistiquement significative entre les groupes. Sur les rides et sur la qualité générale de la peau, aucun avantage significatif à l’examen objectif. Sur le questionnaire, en revanche, une différence significative en faveur du groupe GHK-Cu (p = 0,04).
Cette phrase mérite qu’on s’y arrête : aucune amélioration significative à l’évaluation objective et une satisfaction significativement plus élevée. Les deux phrases viennent du même abstract. C’est la situation la plus fréquente dans la littérature sur les cosmétiques, et elle mérite d’être lue telle quelle plutôt que résumée par la moitié la plus flatteuse.
Ce que les boîtes de Petri montrent vraiment
Le travail le plus solide et le plus récent date de 2023. Il porte sur des fibroblastes dermiques humains traités par différentes combinaisons de GHK-Cu et d’acide hyaluronique, avec mesure par qRT-PCR de l’expression des collagènes I, IV et VII. La meilleure formule a ensuite été testée sur un modèle de peau ex vivo, avec quantification du collagène IV par immunofluorescence.
Résultat : la combinaison GHK-Cu et acide hyaluronique favorise la génération des trois types de collagène, et sur le collagène IV il y a une synergie. Dans un rapport de un à neuf, l’association GHK-Cu et acide hyaluronique de bas poids moléculaire élève la synthèse de collagène IV d’un facteur 25,4 en culture cellulaire et de 2,03 sur peau ex vivo.
Vingt-cinq virgule quatre dans une boîte, deux virgule zéro trois sur du tissu hors corps. Le rapport entre les deux chiffres n’est pas anodin : la culture de cellules fait ce qu’on lui demande de faire, et à la sortie du laboratoire l’effet perd plus des neuf dixièmes de son ampleur. Les auteurs de ces travaux sont employés de deux entreprises d’ingrédients, Bloomage Biotechnology et Zhejiang Peptites Biotech. Ce n’est pas disqualifiant, c’est une information que le lecteur doit avoir.
Reste la question que ces travaux ne posent pas : jusqu’où la molécule va-t-elle dans la peau ? Une étude de préformulation de l’université d’Auckland a mesuré le comportement physico-chimique du GHK-Cu et trouve un peptide très hydrophile, avec un coefficient de distribution log D compris entre -2,38 et -2,49 sur la plage de pH 4,5 à 7,4. Autrement dit, la molécule aime l’eau et fuit les milieux gras. C’est précisément la caractéristique qui rend une application locale difficile, et c’est pourquoi l’essentiel du travail de formulation moderne consiste à trouver un vecteur.
Ce que je retiens
Quatre phrases. Premièrement, la littérature de fond sur le GHK-Cu vient du groupe qui détient le brevet, et il faut la lire comme une carte plutôt que comme une preuve. Deuxièmement, le travail cellulaire le plus récent est réel, quantifié et publié par des industriels, et il montre un effet net en boîte, plus de dix fois plus faible sur peau ex vivo. Troisièmement, le seul essai randomisé sur peau humaine n’a rien donné à l’examen objectif et quelque chose au questionnaire. Quatrièmement, un peptide très hydrophile ne se diffuse pas facilement à travers la couche cornée, ce que mesurent les études de formulation.
Si vous voulez comprendre comment ce type de produit est racontée, la lecture la plus utile n’est pas l’article qui vante les rides, c’est celle qui montre les chiffres et leurs limites. La page de référence d’un second magasin s’y emploie et s’intitule justement GHK-Cu et les fibroblastes dermiques : ce que montrent les cultures in vitro — avec une section qui énonce ce que les boîtes ne peuvent pas dire, et c’est cette section qu’il faut lire en premier.