Il y a un mot qui revient sur toutes les étiquettes de peptides cutanés, et c’est « radiance ». Éclat, luminosité, éclat de la peau. Le problème du mot est qu’il ne désigne aucun paramètre. On ne mesure pas une radiance comme on mesure une épaisseur de stratum corneum ou une perte d’eau transépidermique. On peut mesurer une surface, un volume, une couleur, une élasticité, une densité de collagène. La radiance n’est pas dans la liste. C’est le nom qu’on donne au résultat agrégé d’une ou plusieurs de ces mesures, plus ce que la cliente ou le client dit avoir ressenti, plus la lumière de la photo. Et tant que le mot reste flou, la comparaison entre deux produits reste impossible, y compris pour celui qui les vend.
Ce que les essais contrôlés regardent vraiment
Avant de parler d’un composé, convient de savoir quels instruments on met devant la peau. Dans ce domaine, le montage le plus exigeant et le plus courant est le suivant : un resurfacing au laser CO2 sur la zone péri-buccale, une répartition au hasard en deux groupes, un groupe qui reçoit le produit à tester dès la sortie de la clinique et l’autre rien, puis des mesures. L’érythème est évalué par logiciel et par des évaluateurs en aveugle. Les rides et la qualité générale de la peau sont notées douze semaines plus tard, et les patients répondent à un questionnaire validé avant et après.
C’est ce montage qui a produit le seul résultat citable sur le complexe tripeptide-cuivre, le GHK-Cu. Treize personnes ont terminé l’étude, avec un resurfacing péri-buccal au laser CO2 et une répartition au hasard des produits postopératoires avec ou sans GHK-Cu. L’analyse par ordinateur et les évaluateurs en aveugle n’ont trouvé aucune différence statistiquement significative entre les groupes dans la résolution plus rapide de l’érythème. Et voici la phrase qui résume l’étude entière : tous les patients ont connu une amélioration significative des rides et de la qualité générale de la peau, mais aucune différence n’a été trouvée entre les groupes. L’amélioration, quand elle est venue, était celle du laser.
Le seul résultat significatif est sorti du questionnaire. Il y a eu une différence significative dans l’amélioration de la qualité générale de la peau telle que les patients la ressentaient, avec une valeur de p de zéro virgule zéro quatre. La conclusion des auteurs mérite d’être respectée telle quelle : les produits de soin au GHK-Cu appliqués sur une peau resurfacée au laser n’ont offert ni réduction ni résolution significative de l’érythème post-traitement, et l’évaluation objective n’a trouvé aucune amélioration significative des rides ni de la qualité générale de la peau. En revanche, la satisfaction des patients était nettement plus élevée parmi ceux qui avaient utilisé le produit.
D’où vient l’affirmation contraire
Il existe un second corpus de littérature sur le GHK-Cu, beaucoup plus étendu, beaucoup plus sûr de ses formulations et nettement plus difficile à vérifier. Il vient d’une revue de 2008 signée par le chercheur qui dirige le département de recherche de l’entreprise qui détient les brevets du tripeptide. Cette revue décrit les mécanismes en détail : attraction des cellules de réparation, effets anti-inflammatoires, augmentation de la synthèse de protéines comme le collagène et l’élastine, angiogenèse, prolifération des fibroblastes et des kératinocytes. Ce sont des mécanismes, et des mécanismes cutanés sont précisément ce qui rend une histoire crédible à l’oreille.
Et dans cette même revue figure la phrase qui porte le marketing de presque tous les produits de la catégorie : des études contrôlées sur peau âgée auraient montré que le composé raffermit la peau, améliore l’élasticité et la fermeté, réduit les lignes fines, les rides, le dommage actinique et l’hyperpigmentation. Dans le texte que j’ai lu, il n’y a aucun essai cité, aucun groupe de comparaison, aucun chiffre. C’est une affirmation sur des études qu’elle ne nomme pas. En 2012, le même auteur signe un article sur le GHK-Cu et la santé cognitive où il propose le tripeptide comme agent thérapeutique possible ; là encore, une proposition, pas un essai.
Le contraste entre les deux corpus est la chose la plus instructive que je connaisse sur ce composé. Quand l’effet est décrit par des mécanismes, le détail est là. Quand il est décrit par des résultats obtenus sur des personnes, il y a une phrase sans référence. Et la seule phrase qui porte une référence et des chiffres est celle de l’essai de treize personnes, dont l’évaluation objective est sortie négative.
Pourquoi le questionnaire n’est pas un mensonge
Il faut le dire, sinon l’essai de 2006 semble avoir été truqué. Il ne l’a pas été. Après un resurfacing au laser, les patients voient leur peau s’améliorer, et cette amélioration est réelle. Un questionnaire bien construit capte cette réalité. Le problème est qu’un questionnaire capte aussi l’effet placebo, l’attente et le désir que le produit fonctionne ; et sur douze semaines d’application sur une peau fraîchement traitée, l’attente est énorme. C’est pourquoi un essai dermatologique qui se prend au sérieux comprend toujours une mesure objective : logiciel, évaluateurs en aveugle, un examinateur qui ne sait pas quel crème est dans la boîte. Quand le seul résultat significatif vient de l’instrument le plus sensible au placebo, la conclusion honnête n’est pas que le produit fonctionne, mais que le produit plaît. Les deux peuvent être vrais en même temps, et dans ce cas la notice devrait le dire.
Trois questions, dans cet ordre. D’abord : le produit a-t-il été mesuré avec un instrument ou avec un questionnaire ? Ensuite : l’essai avait-il un groupe de comparaison ? Enfin : l’article qui soutient l’affirmation est-il un travail sur des patients, ou une revue qui affirme qu’il existe des travaux ? À ces trois réponses, presque toutes les étiquettes de la catégorie se rangent d’elles-mêmes, et celle qui reste seule en bas est presque toujours la même : celle qui n’a aucune des trois.
Si vous voulez la version longue, avec la référence et le résumé de ce qui a été mesuré, elle est dans la page que nous avons écrite sur les peptides de peau et le mot radiance. Si vous préférez voir la matière première plutôt que le marketing, le même tripeptide est au catalogue de younglab, vendu comme un peptide de recherche. Ni l’une ni l’autre de ces deux pages ne promet une radiance ; les deux disent ce qui a été mesuré.