Une phrase revient presque mot pour mot sur toutes les étiquettes qui vendent un
ingrédient anti-âge au cuivre : il stimule la production de collagène. La
phrase est vraie. Ce qui l’accompagne — un mécanisme qui piloterait des milliers
de gènes, qui réglerait le remodelage complet du derme, qui « réinitialiserait
l’ADN » — mérite d’être lu à la source, parce que presque tout ce qui suit a
été mesuré dans des boîtes de Petri et chez l’animal, pas sur des visages.
Pour qui veut d’abord la fiche de la molécule et le tour d’horizon de ses
travaux, la page de recherche de peptheon.eu sur le peptide de cuivre et la peau
pose le décor :
le peptide GHK-Cu et la peau.
La molécule en une phrase
Le tripeptide GHK, c’est la glycyl-L-histidyl-L-lysine : trois acides
aminés. La revue de 2015 commence par là, et commence aussi par un fait
intéressant. Ce peptide est déjà présent dans le plasma, la salive et les
urines des humains, et son taux décroît avec l’âge.
On propose qu’il fonctionne comme un complexe avec le cuivre. La revue de
2008 précise le parallèle chimique : son affinité pour le cuivre est proche de
celle du site de transport du cuivre sur l’albumine, et il forme le complexe
GHK-Cu.
Ce que la littérature énumère vraiment
D’après ces deux révisions, la liste des actions attribuées au GHK est
impressionnante. Elle doit aussi être lue pour ce qu’elle est : ce sont presque
toutes des actions mesurées sur cellules cultivées ou sur modèles animaux.
- Le métabolisme du collagène. GHK stimule à la fois la synthèse et la
dégradation du collagène et des glycosaminoglycanes, et module l’activité des
métalloprotéinases et de leurs inhibiteurs. Le document de 2008 cite le
collagène, le sulfate de dermatane, le sulfate de chondroïetine et la
décorine.
- La réparation des plaies. La molécule attire les cellules immunitaires et
endothéliales sur le lieu d’une lésion. Elle accélère la cicatrisation de la
peau, des follicules pileux, du tractus gastro-intestinal, de l’os et des
coussinets plantaires chez le chien, et induit une cicatrisation
systémique chez le rat, la souris et le porc.
- La prolifération. Elle augmente la prolifération des fibroblastes et des
kératinocytes, la croissance nerveuse, l’angiogenèse et la taille des
follicules pileux.
- Les gènes. La molécule serait capable de sous- et surexprimer au moins
quatre mille gènes humains.
Ce qui concerne les personnes
Les deux articles ne se valent pas sur ce point, et il faut le dire. Tous deux
rapportent que, dans des études contrôlées sur peau âgée, le GHK-Cu a
resserré la peau, amélioré l’élasticité et la fermeté, et réduit les rides
fines, le photodommage et l’hyperpigmentation. Mais aucun des deux ne donne le
nombre de participants, ne décrit le protocole, ni ne rapporte un comparatif
contre placebo détaillé.
La littérature ne fournit pas, et les brochures le présentent souvent comme si
elle le fournissait, une essai clinique contrôlé de grande taille, publiée, sur
des personnes, avec des chiffres lisibles. Elle fournit un cadre mécanistique
solide et une promesse esthétique plausible.
Le cas particulier du GHK sans cuivre
Le résultat le plus utile pour un lecteur est aussi le plus discret. Une étude
de 2012 a pris la forme sans cuivre du peptide — celle qu’on trouve dans la
cosmétique grand public — et l’a confrontée à la forme avec cuivre. Sur des
kératinocytes humains normaux en culture, le GHK a augmenté la prolifération ;
ajouté pendant la culture de modèles d’épiderme, il a rendu les cellules basales
plus cuboïdes et augmenté significativement le nombre de cellules positives pour
p63 et pour l’antigène nucléaire de prolifération cellulaire. Les auteurs
concluent que le GHK sans cuivre a montré des effets similaires à ceux du
GHK avec cuivre.
Bonne nouvelle pour qui achète une crème plutôt qu’un composé de recherche :
dans ce système, la différence entre les deux formes n’était pas le moteur.
Ce que ces données ne montrent pas
- Aucun essai clinique contrôlé comparable à ceux du médicament n’est
décrit ici. Le document de 2008 parle d’« études contrôlées sur peau âgée »
sans fournir ni le nombre de participants ni le protocole.
- Le chiffre de quatre mille gènes est un potentiel de régulation décrit en
culture, pas une mesure d’efficacité sur la peau d’une personne.
- Les études de cicatrisation citées portent sur des chiens, rats, souris et
cochons. Aucun être humain porteur de plaies chroniques ne figure dans ces
lignes.
- Aucune comparaison directe entre la version avec cuivre et la version sans
cuivre sur peau âgée : la comparaison de 2012 porte sur des kératinocytes
cultivés et de l’épiderme équivalent.
- L’action anti-inflammatoire décrite en 2008 — suppression des radicaux
libres, du thromboxane, du fer oxydant — est une liste de mécanismes, pas une
mesure d’efficacité clinique.
En une ligne
Le GHK est l’un des candidats les plus étudiés du remodelage cutané, mais la
distance entre « ce qu’il fait à des fibroblastes en boîte » et « ce que voit
une personne dans son miroir » reste la partie la moins étudiée de l’histoire.