Des fiches courtes pour la salle.

Programmes30 septembre 2026 · 4 min

Perte de poids et musculation : ce que deux essais cliniques disent vraiment

751 personnes, 72 semaines, deux médicaments comparés directement. 338 personnes, 48 semaines, un placebo. J'ai lu les protocoles en entier, et il y a un point que les résumés ne racontent pas : aucun de ces essais n'a mesuré une performance à la salle.

Haltères posés au sol dans une salle de musculation vide, lumière latérale

Un essai sur l'obésité mesure le poids, le tour de taille et le sucre dans le sang. Rien d'autre.

À retenirDes résultats solides en poids ne sont pas des résultats en force. Aucun des deux essais n'a mesuré la charge que vous soulevez.

On pose la question dans toutes les salles que je connais : est-ce qu’un traitement contre l’obésité fait gonfler les bras ? La réponse honnête est « on ne sait pas », et la raison pour laquelle on ne sait pas est plus intéressante que la réponse elle-même.

L’essai qui a mis deux médicaments l’un en face de l’autre

Sorti en juillet 2025 dans le New England Journal of Medicine. 751 adultes avec obésité et sans diabète de type 2, répartis au hasard entre le tirzépatide et le sémaglutide, chacun au palier le plus élevé que la personne tolérait. 72 semaines, essai de phase 3b, ouvert — c’est-à-dire non masqué, tout le monde savait ce qu’il recevait.

Le résultat : en moyenne un peu plus de vingt pour cent du poids corporel en moins sous tirzépatide, un peu moins de quatorze sous sémaglutide. L’écart est statistiquement net. Au tour de taille, dix-huit centimètres et demi contre treize environ. Les effets indésirables les plus fréquents dans les deux groupes étaient digestifs, globalement légers à modérés, et surtout concentrés pendant la phase de montée progressive.

Le comparatif complet en français reprend les chiffres point par point. Le mot que je veux souligner ici n’est pas le classement, c’est « ouvert ».

Pourquoi « ouvert » n’est pas un détail

Un essai masqué, c’est un essai où personne ne sait quel produit il reçoit. Ça neutralise l’attente, l’effort volontaire et le biais de déclaration des effets indésirables. Un essai ouvert ne neutralise rien de tout cela, et il est particulièrement exposé quand le produit s’injecte soi-même chaque semaine, se voit, s’injecte avec une seringue, demande une montée par paliers et se sent dans l’estomac en quelques jours.

L’écart de six points et demi est suffisamment large pour survivre à cette objection. Il aurait tout de même été plus petit sous masquage. Ce sont les deux phrases à écrire, dans cet ordre.

L’essai de phase 2 de 2023 et ce qu’il disait sur la pratique

L’autre essai date de 2023 et concernait le rétatrutide, un experimental qui actionne trois récepteurs à la fois. 338 adultes, 48 semaines, contre placebo. Le résultat est une escalade nette : environ sept pour cent de perte moyenne au palier le plus bas, environ treize au milieu, environ vingt-deux au plus haut à 48 semaines, contre environ deux pour cent sous placebo. Aux paliers supérieurs, une large majorité dépassait quinze pour cent.

La partie qui m’intéresse en salle est la moins spectaculaire. Les effets indésirables les plus fréquents étaient digestifs, ils augmentaient avec le palier, ils restaient légers à modérés, et ils s’atténuaient quand on débutait à un palier bas avant de monter. La fréquence cardiaque augmentait elle aussi selon le palier, atteignait son maximum vers la vingt-quatrième semaine puis redescendait. Autrement dit : ces produits s’utilisent selon une règle de progression lente, et cette règle est écrite dans l’article, pas dans les discussions de vestiaire. Les données de phase 2 en français sont le document que je lirais avant de croire n’importe quelle anecdote.

Ce que ces deux essais ne mesurent pas

Rien qui ressemble à une performance. Pas de charge sur la barre, pas de répétitions par série, pas de force de préhension, pas de répétitions à vide, pas de temps sur un rameur. Les critères étaient le poids, le tour de taille, le sucre dans le sang et la tolérance. Ce n’est pas un oubli : pour une entreprise qui dépense des centaines de millions, la force de préhension n’est pas un critère admissible.

Un corollaire important : ces essais recrutent des adultes avec obésité. Pas des lèveurs qui veut des kilos en plus sur son total. Le raccourci « vingt pour cent de moins, donc je soulève vingt pour cent de plus » n’a aucun appui.

Ce que ça change dans ma pratique

Rien sur mes programmes, honnêtement. Si quelqu’un me dit qu’il est sous un tel traitement et me demande d’adapter sa progression, je réponds que c’est une décision médicale et qu’on ajuste la charge au ressenti, pas à un chiffre. Si l’appétit chute, les séries à charge nulle ou à vide passent devant la charge utile : technique et volume d’abord, intensité ensuite. C’est du bon sens, pas de la science, et je préfère le dire comme ça.

Cet article résume deux essais publiés. Ce n’est pas un avis médical ni une recommandation pour un individu.

Personne n’a encore posé la bonne question

Un programme de développement va normalement par une phase 3, puis une confirmation de la sécurité à grande échelle. Ce n’est pas terminé pour ces produits, et c’est le seul dossier qui décidera vraiment quelque chose.

D'où viennent les chiffres

  1. Aronne LJ et al. — Tirzepatide as Compared with Semaglutide for the Treatment of Obesity (N Engl J Med, 2025, PMID 40353578)
  2. Jastreboff AM et al. — Triple-Hormone-Receptor Agonist Retatrutide for Obesity, A Phase 2 Trial (N Engl J Med, 2023, PMID 37366315)

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