Des fiches courtes pour la salle.

Compléments2 octobre 2026 · 6 min

Vitamine D en automne : ce que montrent les données sur la force

Le taux de vitamine D plonge chaque hiver en Europe, et pourtant la synthèse des essais chez les athlètes ne trouve pas de gain de force significatif. Trois travaux lus de près pour séparer la carence réelle de la promesse.

Table en bois avec un carton de lait et un pot de yaourt

Du soleil d'été à la péemption de novembre, ce n'est pas la même exposition.

À retenirCorriger un taux bas reste raisonnable. Espérer plus de force d'un taux déjà normal, non.

Il y a cette période de l’année où tout le monde parle de vitamine D comme si elle manquait de soleil. Alors j’ai fait ce que je fais toujours avant d’écrire une fiche : lire les études, pas les résumés. En une phrase : la carence de vitamine D dans les pays d’Europe à latitude moyenne est réelle et massive, et le lien avec la force musculaire est beaucoup plus mince que la conversation collective ne le laisse croire.

L’hiver vitaminique est un fait mesuré

Le premier travail est le plus solide des trois, et c’est une analyse de données de routine. Entre mai 2006 et décembre 2018, des chercheurs ont récupéré les doses d’ultraviolets qui ont atteint la surface terrestre près de Milan dans la base TEMIS, et les ont rapprochées des dosages de 25-hydroxyvitamine D faits chez trente mille quatre cents personnes de la même région.

Le résultat est brutal. Pendant ce qu’ils appellent l’hiver vitaminique, de novembre à mars, jusqu’à soixante à quatre-vingt-dix pour cent de la population présente des niveaux bas, avec un seuil retenu sous vingt à trente nanogrammes par millilitre. Ce qui surprend davantage, c’est l’autre saison : même en plein été, avec une forte disponibilité d’ultraviolets, trente à cinquante pour cent de la population reste en dessous du seuil. Et sur presque treize années d’analyse, aucun effet de changement climatique n’est visible dans les valeurs.

La conclusion honnête de ces chercheurs, et elle est rarement reprise, c’est que la disponibilité en UV ne suffit pas à expliquer le statut vitaminique : le mode de vie et les caractéristiques personnelles des patients pèsent aussi lourd. Autrement dit, l’automne n’est pas une cause, c’est une fenêtre.

Le marqueur monte, la force non

Le deuxième papier est une synthèse d’essais randomisés publiée en 2024 dans Frontiers in Nutrition. Dix essais, trois cent cinquante-quatre athlètes au total, cent quatre-vingt-cinq dans le groupe vitamine D3 et cent soixante-neuf dans le groupe placebo, trente-six perdus au suivi, donc trois cent dix-huit avec résultats complets. Le niveau de suffisance retenu par les auteurs : au-dessus de trente nanogrammes par millilitre.

Premier résultat, et il est net : après supplémentation, le taux de 25-hydroxyvitamine D augmente en moyenne de 14,76 nanogrammes par millilitre, avec un intervalle de confiance de 8,74 à 20,77. La supplémentation fait donc exactement ce qu’on lui demande.

Deuxième résultat, et c’est lui qui change le titre : l’effet global sur la force n’est pas significatif. Force de préhension, répétition maximale au développé couché, saut vertical et contraction du quadriceps, mesurés ensemble, donnent un effet standardisé de 0,18 avec un intervalle qui contient le zéro. Seul le quadriceps sort significatif, avec 0,57, sur un intervalle de 0,04 à 1,11 : un résultat que les auteurs eux-mêmes décrivent comme un signal prometteur, pas comme une certitude.

La phrase finale des auteurs mérite d’être relue deux fois : avec les études disponibles, on ne peut pas affirmer d’amélioration significative de la force chez des athlètes qui atteignent déjà des niveaux adéquats. La comprimé fait monter le chiffre de la prise de sang. Le chiffre de la prise de sang ne fait pas monter la force. Et dans la plupart des essais inclus, les participants étaient déjà bien.

L’effet dépend de combien vous bougez

Le troisième papier explique pourquoi les deux premiers semblent se contredire. Les auteurs combinent deux choses : des souris de laboratoire en carence ou supplémentée en vitamine D, puis immobilisées, et une enquête transversale de quatre mille cent trente-neuf adultes âgés conduits à Shenyang, dans le nord-est de la Chine, dont les deux tiers sont des femmes et dont l’âge moyen avoisine soixante-huit ans.

Chez les souris à activité réduite, la carence en vitamine D a accéléré la perte de masse musculaire et la baisse de la force de préhension. Chez les personnes, le niveau de 25-hydroxyvitamine D3 et l’activité physique interagissaient de façon significative sur le test du lever de chaise et sur la force de préhension, mais pas sur le tour de mollet ni sur la masse musculaire.

C’est là que se cache le problème de hiérarchie des preuves que personne ne mentionne : la partie causale de ce travail est une étude de souris. La partie humaine est transversale, et une association transversale entre vitamine D et force ne dit pas dans quel sens va la flèche. Ceux qui restent assis sortent moins et prennent moins de soleil, donc leur vitamine D baisse aussi. La conclusion honnête, c’est qu’il vaut mieux éviter les deux problèmes à la fois, pas que la comprimé compense le fauteuil.

Ce que je fais à l’automne

Pour ceux qui vivent la forme comme un programme, la question pratique n’est pas la molécule mais le moment. Chez moi, en novembre, le taux est bas, et il est bas parce que j’ai passé l’été sans exposition au soleil direct et sans y penser en août. Le deuxième papier me donne exactement ce que je cherchais : l’effet sur la force est négligeable chez quelqu’un qui est déjà au-dessus du seuil. Le complément n’a donc pas de sens pour ma performance. Il a du sens pour une carence, et c’est un autre dossier, avec un médecin et un bilan.

Je garde donc mes séries telles quelles, je réserve la semaine de décharge à l’automne pour l’oxygène et non pour une correction chimique, et je regarde le repos entre séries comme la seule variable qui a des preuves dans ce sens. Pour la force elle-même, la créatine reste le seul argument avec des essais correctement faits.

Ce que les données ne montrent pas

Aucun essai n’a montré que corriger le taux change un temps de compétition, un record ou une série de squat. Aucun suivi à long terme ne relie la vitamine D à une réduction de fractures chez les sportifs.

Un mot sur la carence, parce que c’est le malentendu inverse : la synthèse a pris « taux supérieur à trente nanogrammes par millilitre » comme marqueur de suffisance, et sa conclusion porte précisément sur les athlètes qui atteignent déjà ce niveau grâce à la supplémentation. Ce que les dix études incluses disaient de leur statut de départ n’est pas détaillé dans l’abstract que j’ai lu, donc cette page ne prétend pas qu’aucun participant n’était carencé — elle dit que la conclusion de la méta-analyse ne vaut que pour le groupe déjà suffisant.

Rien de tout cela ne dit que la vitamine D est inutile. Cela dit qu’elle est moins musclée que son marketing de fin d’année. Si vous êtes en carence, faites mesurer avant de supplémenter. Si vous êtes au-dessus du seuil et que vous voulez gagner de la force, l’effort est dans la séance, pas dans la poche.

D'où viennent les chiffres

  1. Ferrari et al.: Association between solar ultraviolet doses and vitamin D clinical routine data in European mid-latitude population between 2006 and 2018. Photochem Photobiol Sci 2019. (PMID 31556901, trente mille quatre cents dosages de sérum associés aux UV mesurés près de Milan)
  2. Effects of vitamin D3 supplementation on strength of lower and upper extremities in athletes: an updated systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Front Nutr 2024. (PMID 38860160, dix essais randomisés, trois cent cinquante-quatre athlètes)
  3. The effect of vitamin D on sarcopenia depends on the level of physical activity in older adults. J Cachexia Sarcopenia Muscle 2020. (PMID 32020783, souris en carence et enquête transversale de quatre mille cent trente-neuf adultes âgés)

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