La L-carnitine a une réputation de complément mince qui ne tient pas la route
des données, et une justification de poche qui la tient parfaitement. Les
méta-analyses disent la même chose depuis près de dix ans, et il vaut la peine
de la dire avec les chiffres qu’elles donnent — y compris ceux qui ne vont pas
dans le sens du marketing.
La méta-analyse la plus complète : 37 essais, 2 292 participants
Clinical Nutrition ESPEN, 2020. Bases de données interrogées jusqu’en janvier
2019, 37 essais randomisés pour 2 292 participants. L’objectif affiché
était d’inclure le maximum d’essais possible et de faire une analyse
réponse à la quantité — la première, disent les auteurs.
Les résultats :
- Poids : −1,21 kg (différence moyenne pondérée ; IC 95 % −1,73 à −0,68 ;
p < 0,001).
- IMC : −0,24 kg/m² (−0,37 à −0,10 ; p = 0,001).
- Masse grasse : −2,08 kg (−3,44 à −0,72 ; p = 0,003).
- Tour de taille : aucun effet significatif.
- Pourcentage de masse grasse : aucun effet significatif.
Et une précision méthodologique qui change la façon de lire le reste : la
méta-analyse des seuls essais de haute qualité n’a confirmé que l’effet sur le
poids. Pas sur l’IMC, pas sur la masse grasse.
L’analyse de la réponse à la quantité est non linéaire (p < 0,001) et pointe vers 2 000 milligrammes
par jour comme l’apport qui produit l’effet maximal chez l’adulte. Cette
association ne se retrouvait ni pour l’IMC, ni pour le tour de taille, ni pour
le pourcentage de masse grasse.
La conclusion des auteurs, mot pour mot le genre de phrase qui devrait
circuler davantage : effet modéré, en particulier chez les adultes en
surpoids ou obèses.
La mise à jour de la même année : 43 essais
Pharmacological Research, 2020, base de données élargie (Scopus, PubMed, ISI
Web of Science, Cochrane, plus les registres d’essais cliniques), jusqu’en
février 2019, 43 essais inclus.
Poids −1,129 kg (IC 95 % −1,590 à −0,669 ; I² 63,4), IMC −0,359 kg/m²
(−0,552 à −0,167 ; I² 85,2), masse grasse −1,158 kg (−1,763 à −0,554 ;
I² 15,5). Et de nouveau rien sur le pourcentage de masse grasse (−0,874 % ;
IC 95 % −1,890 à 0,142 ; I² 98,2) ni sur le tour de taille (−0,883 ; IC 95 %
−1,770 à 0,004 ; I² 74,8).
Deux chiffres d’hétérogénéité méritent d’être lus : I² 15,5 % pour la masse
grasse — les essais convergent — contre I² 98,2 % pour le pourcentage de masse
grasse, c’est-à-dire des résultats qui ne se ressemblent pas du tout d’un essai à
l’autre. Et le sous-groupe qui décide de tout : l’effet anti-obésité n’apparaît
que chez les sujets en surpoids ou obèses, et seulement quand la L-carnitine est
combinée à d’autres modifications du mode de vie. Chez les patients en
hémodialyse, les indices anthropométriques n’ont pas bougé.
Et la méta-analyse de 2016, qui pose la questioninverse
Obesity Reviews, 2016, avec une sélection plus stricte : neuf études de
qualité méthodologique adéquate, 911 participants. Poids −1,33 kg
(IC 95 % −2,09 à −0,57), IMC −0,47 kg/m² (−0,88 à −0,05).
Et là, un résultat que presque personne ne cite parce qu’il ne sert à rien :
l’analyse de méta-régression a montré que l’ampleur de la perte de poids
diminuait significativement avec le temps (p = 0,002). Autrement dit, plus la
supplémentation se prolonge, plus l’effet s’amenuise.
Ce que les trois articles disent ensemble
Une chose simple et dérangeante : l’effet existe, il est statistique, et il
est d’environ un kilo et demi. Sur un an, une variation de poids de cet ordre
est à peine au-dessus du bruit d’une balance, et très en deçà de ce que produit
un changement alimentaire.
Le deuxième point, plus utile : la L-carnitine n’est pas un produit
d’amaigrissement, c’est un modulateur. Son effet n’apparaît que chez les
personnes en surpoids ou obèses, et seulement en complément d’autre chose. C’est
exactement la structure d’un traitement d’appoint, pas celle d’un traitement
principal.
Le troisième : ce qui ne bouge pas est aussi informatif que ce qui bouge. Le
tour de taille et le pourcentage de masse grasse ne changent pas dans aucune des
trois méta-analyses. Un tour de taille inchangé est un marqueur métabolique
important, et il est plus facile à mesurer qu’une balance.
La distinction entre ce qu’est réellement un stylo métabolique et ce que dit
la littérature est détaillée
ici,
avec ses propres limites.
Ce que ces données ne montrent pas
Elles ne montrent pas que la L-carnitine fait maigrir quelqu’un qui n’en a pas
besoin : l’effet est absent chez les sujets de poids normal et chez les patients
en hémodialyse. Elles ne montrent pas que l’effet dure : la méta-régression de
2016 indique le contraire, et l’hétérogénéité I² 63,4 sur le poids et 85,2 sur
l’IMC signifie que les populations, les durées et les protocoles varient
beaucoup. Elles ne disent rien du cholestérol, de la glycémie, de la fatigue ou
de la récupération musculaire — ce sont d’autres questions, et la question de la quantite est ici circonscrite à l’obésité. Enfin, aucune de ces trois méta-analyses
n’inclut d’essai portant sur le délai du jeûne ou sur la tolérance au jeûne,
alors que c’est exactement là que la carnitine est la plus vendue.
Cet article résume des méta-analyses d’essais randomisés publiés. Ce n’est pas
un avis médical et ce n’est pas une recommandation pour une personne
quelconque.