Des fiches courtes pour la salle.

Cardio27 octobre 2026 · 9 min

Sel et hypertension : ce que montrent vraiment les essais

20 995 personnes dans 600 villages chinois, 4,74 ans de suivi : un sel de substitution fait baisser les AVC de 14 %, les événements cardiovasculaires majeurs de 13 % et la mortalité de 12 %. L'iode baisse de 19 % chez les enfants mais reste au-dessus des besoins. Et une méta-analyse de 85 essais trouve une relation linéaire, sans plateau.

Une salière en bois, une petite coupelle de gros cristaux blancs et un linge de lin plié sur une table en pierre claire à côté d'une assiette blanche vide

Il y a un seul sujet en nutrition qui dispose d'un essai randomisé sur des événements cliniques et pas seulement sur un chiffre de tension artérielle. C'est le sel.

À retenirL'essai SSaSS a randomisé par grappes 20 995 habitants de 600 villages ruraux chinois avec un antécédent d'AVC ou âgés de 60 ans ou plus avec hypertension : 29,14 contre 33,65 AVC pour 1000 personnes-années avec un sel à 75 pour cent de chlorure de sodium et 25 pour cent de chlorure de potassium contre du sel ordinaire, soit un ratio de taux de 0,86 (IC 95 pour cent 0,77-0,96) ; 0,87 (0,80-0,94) pour les événements cardiovasculaires majeurs et 0,88 (0,82-0,95) pour la mortalité. Les événements graves attribués à l'hyperkaliémie n'étaient pas significativement plus fréquents. Une méta-analyse dose-réponse de 85 essais donne par ailleurs une relation linéaire entre sodium consommé et tension, sans aplatissement aux deux extrémités.

Il y a un seul sujet en nutrition qui dispose d’un essai randomisé sur des événements cliniques et pas seulement sur un chiffre de tension artérielle. C’est le sel. Et le résultat de cet essai est plus net que tout ce qu’on lit d’habitude sur le sujet, dans les deux sens.

L’essai qui a changé la discussion

SSaSS est un essai randomisé par grappes à étiquetage ouvert, dans 600 villages ruraux chinois. Les participants avaient eu un accident vasculaire cérébral, ou avaient 60 ans ou plus avec une hypertension. Les villages ont été tirés au sort un pour un : dans un bras, les habitants utilisent un sel de substitution à 75 % de chlorure de sodium et 25 % de chlorure de potassium en masse ; dans l’autre, ils continuent leur sel ordinaire.

20 995 personnes, âge moyen 65,4 ans, 49,5 % de femmes, 72,6 % avec un antécédent d’AVC, 88,4 % avec un antécédent d’hypertension. Suivi moyen 4,74 ans.

Critère Sel de substitution Sel ordinaire Ratio de taux (IC 95 %)
AVC 29,14 33,65 0,86 (0,77-0,96), P=0,006
Événements cardiovasculaires majeurs 49,09 56,29 0,87 (0,80-0,94), P<0,001
Décès toutes causes 39,28 44,61 0,88 (0,82-0,95), P<0,001

Trois critères, trois intervalles qui ne touchent pas 1,00. Pour un essai de nutrition, c’est rare.

Et le critère de sécurité est la partie que les gens ne citent pas : les événements graves attribués à l’hyperkaliémie n’étaient pas significativement plus fréquents avec le sel de substitution (IC 0,80 à 1,37, P = 0,76). L’intervalle contient 1,00, donc ce résultat ne prouve pas l’absence de risque — il prouve qu’on n’a pas observé de risque supérieur chez 21 000 personnes suivies presque cinq ans.

Ce qu’il faut comprendre sur cette population : ce ne sont pas des adultes en bonne santé moyenne. L’âge moyen est de 65 ans, les trois quarts ont déjà fait un AVC. L’effet mesuré est un effet sur une population à haut risque, et la généralisation à un adulte de 35 ans sans antécédent n’est pas automatique. C’est la limite principale de l’essai, et c’est une limite de conception, pas un détail de lecture.

La relation entre quantité et tension, et l’absence de plateau

Une méta-analyse de 2021 a repris 85 essais expérimentaux avec des apports sodés allant de 0,4 à 7,6 grammes par jour et des suivis de quatre semaines à 36 mois. Soixante-cinq essais chez des participants hypertendus, onze sans hypertension, neuf avec un mélange des deux.

Le résultat tient en une phrase des auteurs : les données agrégées étaient compatibles avec une relation à peu près linéaire entre l’apport sodé atteint et la tension systolique comme diastolique, sans aucun indice d’aplatissement de la courbe aux niveaux d’exposition les plus bas ni les plus hauts.

L’absence de plateau à l’extrémité basse est le point important et le plus contre-intuitif. Beaucoup imaginent qu’il existe un seuil en dessous duquel le sel ne fait plus rien — un niveau sous lequel réduire n’aurait aucun effet mesurable. Cette méta-analyse ne trouve aucun signe de ce seuil, sur toute la plage étudiée.

Deux nuances dans le même papier. Les résultats étaient similaires avec ou sans hypertension, mais le groupe hypertendu montrait une baisse plus marquée après réduction. Et la durée de l’intervention, l’usage de médicaments antihypertenseurs et le sexe des participants avaient peu d’influence sur les effets. Autrement dit, attendre six mois n’apporte rien de plus, et arrêter son traitement ne change rien au résultat.

Le potassium, la moitié de la même opération

Le sel de substitution de l’essai SSaSS déplace une mole de sodium contre une mole de potassium. Ce n’est donc pas un essai sur le sel, c’est un essai sur un échange. Et la littérature sur le potassium seule est cohérente avec ça.

Une revue systématique de 2013 a poolé 22 essais randomisés contrôlés (1 606 participants) et 11 études de cohorte (127 038 participants). L’apport accru de potassium réduisait la pression systolique de 3,49 millimètres de mercure (IC 95 % 1,82 à 5,15) et la diastolique de 1,96 (0,86 à 3,06) chez les adultes, avec un effet chez les hypertendus et aucun effet chez ceux qui ne le sont pas.

Le chiffre le plus frappant du papier : avec un apport de potassium de 90 à 120 millimoles par jour, la pression systolique baissait de 7,16 millimètres de mercure (1,91 à 12,41) — et sans réponse supplémentaire au-delà. En d’autres termes, passer d’un apport moyen à élevé à un apport élevé ne rapporte rien de plus que le palier précédent.

Sur les événements, en revanche, il faut être précis. L’association inverse entre potassium et risque d’AVC incident était statistiquement significative, rapport de risque 0,76 (0,66 à 0,89). Mais l’association avec la maladie cardiovasculaire incidente, 0,88 (0,70 à 1,11), et avec la maladie coronaire, 0,96 (0,78 à 1,19), ne l’était pas.

Un sur trois. L’AVC oui, le reste non. C’est cohérent avec le mécanisme — la tension est le canal par lequel le potassium agit, et l’AVC est l’événement le plus sensible à la tension — mais ce n’est pas la même chose que « le potassium protège le cœur », et la revue le dit ainsi.

Aucun effet indésirable significatif sur la fonction rénale, les lipides sanguins ou les catécholamines chez l’adulte. Chez l’enfant, trois essais contrôlés et une cohorte suggéraient une baisse non significative de 0,28 millimètre de mercure.

DASH, pour comparaison directe

Trente essais randomisés contrôlés, 5 545 participants, régime DASH contre régime témoin. Pression systolique -3,2 millimètres de mercure (IC 95 % -4,2 à -2,3), diastolique -2,5 (-3,5 à -1,5). Le statut hypertensif ne modifiait pas l’effet. Qualité des preuves qualifiée de modérée en GRADE.

Deux détails de sous-groupe méritent d’être lus ensemble. Le DASH réduisait davantage la systolique dans les essais dont l’apport sodé dépassait 2400 milligrammes par jour que dans ceux où il était à 2400 ou moins. Et les deux pressions étaient davantage réduites chez les participants d’âge moyen inférieur à 50 ans.

Ce que ces chiffres disent ensemble : environ trois millimètres de mercure pour un changement d’alimentation bien conduit. C’est réel, ce n’est pas spectaculaire, et c’est ce qui rend le résultat de SSaSS important plutôt que décoratif : le sel n’est pas un levier spectaculaire, mais c’est un levier dont l’effet sur des événements cliniques a été mesuré.

Le point aveugle : l’iode

Voilà la partie que cet article ne peut pas passer sous silence, parce que c’est l’objection sérieuse.

Dans une sous-étude randomisée par grappes dans 28 écoles primaires de Changzhi, en Chine du Nord, 279 enfants et 553 adultes ont reçu une intervention éducative pendant un trimestre scolaire. Apport de sel initial moyen : 7,0 ± 2,5 grammes par jour chez les enfants, 11,7 ± 4,4 chez les adultes.

L’effet de l’intervention sur le sel : -1,9 gramme par jour chez les enfants (IC 95 % -2,6 à -1,3), -2,9 chez les adultes (-3,7 à -2,2). L’effet sur l’iode : -19,3 % chez les enfants (-29,4 à -7,7) et -11,4 % chez les adultes (-20,3 à -1,5).

Réduire le sel réduit l’iode. C’est mécanique et c’est attendu. La question qui compte est de combien on part et où on atterrit : l’apport médian initial d’iode était de 165,1 microgrammes par jour chez les enfants et de 280,7 chez les adultes. Après -19 % chez l’enfant, on reste au-dessus du besoin moyen estimé — et les auteurs de la sous-étude concluent précisément à cela, dans une région où l’iodisation du sel est obligatoire.

La nuance importante : cette conclusion dépend du contexte. Elle vaut dans un pays où le sel est iodisé de façon systématique. Elle ne vaut pas nécessairement là où il ne l’est pas, et le même article ne prétend pas autre chose. Réduire le sel et gérer l’iode, c’est deux sujets qu’il faut regarder ensemble dans une région donnée.

Ce que ces données ne montrent pas

Elles ne montrent pas que réduire le sel est bon pour tout le monde. L’essai qui a mesuré des événements l’a fait sur des personnes de 65 ans en moyenne avec des antécédents. L’extrapolation à une population plus jeune et en meilleure santé est une hypothèse physiologique, pas un résultat.

Elles ne montrent pas que le sel de substitution soit le bon levier plutôt qu’une réduction globale du sodium. L’essai compare une opération — échanger une mole contre une mole — à du sel ordinaire. Il ne compare pas « moins de sel » à « plus de sel ».

Elles ne montrent pas que le potassium protège le cœur au sens large. Un des trois événements est significatif sur trois, et l’association avec la maladie coronaire a un intervalle qui traverse 1,00 de part en part.

Et elles ne disent rien du potassium chez qui a une maladie rénale. La revue ne trouve pas d’effet indésirable sur la fonction rénale chez l’adulte sain, mais elle n’étudiait pas des insuffisants rénaux. La question du substituant dans cette population est réelle et n’est pas tranchée par ces travaux.

L’essentiel

Un essai randomisé sur grappes portant sur 21 000 personnes montre que remplacer une partie du sodium par du potassium fait baisser les AVC, les événements cardiovasculaires majeurs et la mortalité, sans signal de sécurité défavorable sur l’hyperkaliémie.

Une méta-analyse de 85 essais montre que la relation entre sodium et tension est linéaire sur toute la plage étudiée, sans seuil bas où le sel cesserait d’agir.

Et une sous-étude montre que réduire le sel réduit aussi l’iode — de 19 % chez l’enfant, dans une région où le sel est iodisé, ce qui laisse l’apport final au-dessus des besoins.

Ces trois phrases disent la même chose : le levier existe, il est simple, et son effet se paie en iode quand personne ne regarde l’iode.

D'où viennent les chiffres

  1. N Engl J Med 2021 — Effect of Salt Substitution on Cardiovascular Events and Death (PMID 34459569, essai randomisé par grappes à étiquetage ouvert sur des habitants de 600 villages ruraux de Chine ayant eu un accident vasculaire cérébral ou âgés de 60 ans ou plus avec hypertension, les villages étant tirés au sort dans un rapport 1:1 entre une intervention où les participants utilisent un sel de substitution contenant 75 pour cent de chlorure de sodium et 25 pour cent de chlorure de potassium en masse, et un contrôle où ils continuent d'utiliser du sel ordinaire à 100 pour cent de chlorure de sodium; 20 995 personnes enrollées, âge moyen 65,4 ans, 49,5 pour cent de femmes, 72,6 pour cent avec antécédent d'AVC et 88,4 pour cent avec antécédent d'hypertension, durée moyenne de suivi 4,74 ans; le taux d'AVC était plus faible avec le sel de substitution, 29,14 contre 33,65 événements pour 1000 personnes-années, ratio de taux 0,86 (IC 95 pour cent 0,77-0,96, P=0,006), de même que les événements cardiovasculaires majeurs, 49,09 contre 56,29, ratio 0,87 (0,80-0,94, P<0,001), et la mortalité toutes causes, 39,28 contre 44,61, ratio 0,88 (0,82-0,95, P<0,001); le taux d'événements graves attribués à l'hyperkaliémie n'était pas significativement plus élevé avec le sel de substitution (IC 0,80 à 1,37, P=0,76); NCT02092090)
  2. Circulation 2021 — Blood Pressure Effects of Sodium Reduction: dose-response meta-analysis of experimental studies (PMID 33586450, méta-analyse dose-réponse des essais expérimentaux sur les effets sur la tension artérielle des variations d'apport sodé, avec un modèle de spline cubique à effets mixtes en une étape; 85 essais éligibles avec des apports sodés de 0,4 à 7,6 grammes par jour et un suivi de quatre semaines à 36 mois, dont 65 chez des participants hypertendus, 11 sans hypertension et 9 avec un mélange des deux; les données agrégées étaient compatibles avec une relation à peu près linéaire entre l'apport sodé atteint et la tension systolique comme diastolique, sans aucun indice d'aplatissement de la courbe aux niveaux d'exposition les plus bas ni les plus hauts; les résultats étaient similaires avec ou sans hypertension, mais le groupe hypertendu montrait une baisse plus marquée après réduction du sodium; la durée de l'intervention, l'usage de médicaments antihypertenseurs et le sexe des participants avaient peu d'influence sur les effets observés)
  3. Adv Nutr 2020 — Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH) Diet and Blood Pressure Reduction in Adults with and without Hypertension: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials (PMID 32330233, 30 essais randomisés contrôlés avec 5 545 participants comparant le régime DASH à un régime témoin chez des adultes hypertendus et non hypertendus; par rapport au témoin, le régime DASH réduisait la pression systolique de 3,2 millimètres de mercure (IC 95 pour cent -4,2 à -2,3, P<0,001) et la pression diastolique de 2,5 millimètres de mercure (-3,5 à -1,5, P<0,001); le statut hypertendu ne modifiait pas l'effet sur la réduction tensionnelle; la pression systolique était réduite davantage dans les essais dont l'apport sodé dépassait 2400 milligrammes par jour que dans ceux à 2400 ou moins, et les deux pressions étaient réduites davantage dans les essais d'âge moyen inférieur à 50 ans que chez les participants plus âgés; la qualité des preuves était qualifiée de modérée pour les deux critères selon l'approche GRADE)
  4. BMJ 2013 — Effect of increased potassium intake on cardiovascular risk factors and disease: systematic review and meta-analyses (PMID 23558164, 22 essais randomisés contrôlés avec 1 606 participants portant sur la tension, les lipides sanguins, les catécholamines et la fonction rénale, et 11 études de cohorte avec 127 038 participants portant sur la mortalité toutes causes, les maladies cardiovasculaires, l'AVC et la maladie coronaire; l'apport accru de potassium réduisait la pression systolique de 3,49 millimètres de mercure (IC 95 pour cent 1,82 à 5,15) et la pression diastolique de 1,96 (0,86 à 3,06) chez les adultes, effet observé chez les personnes hypertendues mais pas chez celles qui ne le sont pas; la pression systolique était réduite de 7,16 millimètres de mercure (1,91 à 12,41) lorsque l'apport accru de potassium était de 90 à 120 millimoles par jour, sans réponse à la dose; l'apport accru de potassium n'a pas eu d'effet indésirable significatif sur la fonction rénale, les lipides sanguins ou les catécholamines chez l'adulte; une association inverse statistiquement significative a été vue entre l'apport de potassium et le risque d'AVC incident, rapport de risque 0,76 (0,66 à 0,89), tandis que les associations avec la maladie cardiovasculaire incidente, 0,88 (0,70 à 1,11), et la maladie coronaire, 0,96 (0,78 à 1,19), n'étaient pas statistiquement significatives; chez l'enfant, trois essais contrôlés et une cohorte suggéraient une baisse non significative de 0,28 millimètre de mercure)
  5. BMJ Open 2016 — Effect of salt reduction on iodine status assessed by 24 hour urinary iodine excretion in children and their families in northern China: a substudy of a cluster randomised controlled trial (PMID 27670515, sous-étude d'un essai randomisé par grappes dans 28 écoles primaires de Changzhi, en Chine du Nord, portant sur 279 enfants de cinquième année d'âge moyen 10,1 ans et 553 adultes d'âge moyen 43,8 ans, avec une intervention éducative d'un trimestre scolaire d'environ 3,5 mois; l'apport de sel initial moyen était de 7,0 ± 2,5 grammes par jour chez les enfants et de 11,7 ± 4,4 chez les adultes, et l'apport d'iode médian de 165,1 microgrammes par jour chez les enfants et de 280,7 chez les adultes; l'effet moyen sur le sel dans l'intervention par rapport au contrôle était de -1,9 grammes par jour (IC 95 pour cent -2,6 à -1,3) chez les enfants et de -2,9 (-3,7 à -2,2) chez les adultes, et l'effet moyen sur l'iode de -19,3 pour cent (-29,4 à -7,7) chez les enfants et de -11,4 pour cent (-20,3 à -1,5) chez les adultes; malgré cette baisse liée à une réduction du sel d'environ 25 pour cent dans une région à iodisation obligatoire, l'apport d'iode restait adéquat et bien au-dessus du besoin moyen estimé)

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